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Devenir bénévole Soutenir l’AENS

Pourquoi s’engager ? Le bénévolat, une force pour la société

Éditeur AENS

Donner de son temps, aider les autres, transmettre ses compétences et participer à un projet collectif : pourquoi devient-on bénévole ?

Dans une société où le temps est devenu une ressource précieuse, consacrer une partie de celui-ci aux autres peut sembler paradoxal. Pourtant, le bénévolat occupe une place essentielle dans la vie collective. Il permet de répondre à des besoins sociaux, de soutenir des projets et, surtout, de créer des liens entre les personnes. S’engager, c’est donc bien plus que donner gratuitement son temps : c’est participer à la construction d’une société plus solidaire.

En France, cette réalité est particulièrement importante. Selon l’INJEP (2023), environ 13 millions de personnes étaient bénévoles dans des associations au début de 2023. De plus, l’enquête La France bénévole 2024 indique que 24 % des Français étaient engagés dans une association en 2024. Cette enquête souligne également l’importance des jeunes dans la vie associative : 30 % des 25-34 ans déclaraient être bénévoles. Ainsi, contrairement à l’idée selon laquelle le bénévolat concernerait principalement les personnes âgées, l’engagement associatif touche aujourd’hui différentes générations.

Mais alors, pourquoi choisit-on de s’engager ? Tout d’abord, la solidarité constitue une motivation essentielle. Face à la pauvreté, aux inégalités, à l’exclusion ou encore aux défis environnementaux, certaines personnes souhaitent simplement être utiles et apporter leur contribution. Cependant, les motivations ne se limitent pas au désir d’aider. Les travaux de Lionel Prouteau et François-Charles Wolff (2004) montrent que l’engagement bénévole répond à des motivations diverses, notamment le désir d’aider les autres, mais aussi la recherche de relations sociales et d’expériences collectives. Autrement dit, on entre parfois dans une association pour aider une cause, mais on y reste aussi parce que l’on y trouve des personnes, des projets et un sentiment d’appartenance.

Par ailleurs, le bénévolat permet de donner du sens à son temps. Dans une société où la valeur d’une activité est souvent associée à sa rémunération, l’engagement bénévole rappelle qu’une activité peut avoir une forte valeur sociale sans être directement rémunérée. Une heure consacrée à accompagner une personne, organiser une action, transmettre une compétence ou participer à un projet peut produire des effets importants pour la collectivité. Le bénévolat permet ainsi de mettre son temps et ses compétences au service d’une cause qui dépasse l’intérêt individuel.

Cette dimension peut être éclairée par les travaux de Marcel Mauss. Dans son Essai sur le don, publié en 1925, l’anthropologue montre que le don participe à la construction des relations sociales. Le don ne constitue donc pas nécessairement une perte : il crée une relation entre celui qui donne et celui qui reçoit. Dans le bénévolat, le bénévole donne son temps et son énergie ; en retour, il peut recevoir de la reconnaissance, de l’expérience, des relations sociales et le sentiment d’être utile. Ainsi, donner ne signifie pas nécessairement ne rien recevoir.

Dans cette perspective, la question de la reconnaissance devient particulièrement importante. Les travaux d’Alain Caillé (2007) sur l’anthropologie du don prolongent cette réflexion en montrant que les relations sociales ne peuvent pas être réduites à un simple calcul économique. Pour une association, reconnaître l’engagement d’un bénévole signifie donc écouter ses idées, valoriser ses compétences, lui confier des responsabilités et lui montrer que sa contribution compte. En effet, lorsqu’une personne se sent utile et reconnue, son engagement peut devenir plus durable.

En outre, le bénévolat constitue un véritable espace d’apprentissage. Participer à une association permet de développer des compétences organisationnelles, relationnelles et parfois professionnelles : organiser un événement, communiquer, gérer un projet, rechercher des partenaires, prendre la parole en public ou travailler en équipe. L’enquête La France bénévole 2024 accorde d’ailleurs une attention particulière aux savoir-faire et savoir-être acquis grâce à l’engagement. Par conséquent, le bénévolat peut être particulièrement intéressant pour les jeunes, les personnes en recherche d’emploi ou encore celles qui souhaitent développer de nouvelles compétences.

Cependant, le bénévolat ne représente pas seulement une expérience individuelle. Il constitue également une forme de participation citoyenne. En effet, une association rassemble des personnes autour d’un objectif commun et leur permet de participer concrètement à la vie de la société. On y apprend à écouter, à débattre, à coopérer et à prendre des responsabilités. De cette manière, l’engagement associatif contribue au développement du lien social et de la citoyenneté.

Le bénévolat possède également une valeur économique et sociale. Même lorsqu’il n’est pas rémunéré, le travail réalisé par les bénévoles représente une contribution réelle au fonctionnement des associations et aux actions qu’elles conduisent. Prouteau et Wolff (2005) ont notamment étudié les possibilités de quantifier et de valoriser économiquement le travail bénévole, tout en soulignant les difficultés méthodologiques d’un tel exercice. Cette réflexion rappelle qu’il faut distinguer la valeur économique de la valeur sociale : une activité peut ne pas produire directement un revenu tout en ayant une grande utilité pour la collectivité.

Néanmoins, l’accès au bénévolat reste socialement inégal. En 2024, la proportion de bénévoles associatifs atteignait 33 % parmi les personnes les plus diplômées, contre 15 % parmi les moins diplômées. Ce constat montre que la possibilité de s’engager dépend aussi des ressources, du temps disponible et des conditions de vie. Dès lors, favoriser un accès plus large au bénévolat constitue également un enjeu de cohésion sociale.

Finalement, pourquoi s’engager ? Parce que le bénévolat permet à chacun de contribuer, à son échelle, à quelque chose qui dépasse sa propre personne. Il permet d’aider, mais aussi d’apprendre ; de donner, mais aussi de recevoir ; de rencontrer les autres, mais aussi de devenir acteur de son territoire. Surtout, il rappelle qu’une société ne repose pas uniquement sur les échanges économiques : elle repose également sur la solidarité, la confiance, la coopération et la volonté d’agir ensemble.

Comme le montrent Mauss (1925), Prouteau et Wolff (2004, 2005) et Caillé (2007), l’engagement bénévole peut ainsi être compris comme une forme de don, de participation sociale et de création de valeur collective.

S’engager, finalement, c’est choisir de ne pas rester spectateur. C’est donner un peu de son temps pour contribuer à construire beaucoup ensemble.


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